La salle des Gypses

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Le salon aux gypseries ou la demeure de Diane

Le Salon du Levant
Le logis seigneurial du Château de Cascastel abrite un salon renfermant un somptueux décor de gypseries.
Le gypse abonde dans la région, et ce décor doit en partie son existence à cette disponibilité des matériaux.
Sa date de création, avant restauration,  était estimée entre 1720 et 1740.
Il est de style « rocaille » qui englobe le style Louis XIV finissant et le style Louis XV.


Le décor de Cascastel  présente toutes les composantes de ce style, notamment une profusion de feuilles d’acanthe ou de joncs déployés en grandes accolades, ainsi que quantité d’animaux qui s’insinuent  dans cet ensemble végétal.
Son originalité  réside dans le volume des reliefs de sa composition qui va en décroissant lorsque on se rapproche du plafond créant ainsi un effet de perspective, ainsi que dans la grande taille et le réalisme des animaux conservés: de nombreux oiseaux , un grand paon, un chien d’arrêt.


L’effet ainsi obtenu diffère du style « rocaille » français d’un luxe  maîtrisé, respectant certaines convenances décoratives dont le créateur du décor de Cascastel s’est largement affranchi. Le décor  français largement diffusé en Europe et aux Etats Unis, s’organise autour d’une vue d’ensemble où tous les éléments se répondent en miroir et s’harmonisent: l’esprit du décor.


L’esprit du décor de Cascastel se manifeste par une très forte volonté ostentatoire, voire théâtrale,  qui peut rappeler les décors religieux contemporains, d’une monumentalité exubérante. Ainsi pourraient s’expliquer les volumes inédits des rocailles et des animaux de Cascastel, de même que les traces d’une polychromie du 18ème siècle  retrouvée en certains endroits qui n’est pas sans rappeler l’art du retable très répandu dans la proche Catalogne.


Les premières études ont été réalisées sur un décor fragmentaire, très encrassé et dans un local encombré, les fantômes des chimères faisant planer une ombre de mystère en ces lieux retirés. Elles ont donné lieu à une interprétation selon laquelle ce décor recèlerait un message humaniste caché à travers cette mise en scène d’une nature généreuse dont l’homme serait le maître et la finalité.

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L’effigie au centre du décor, avant restauration


Au centre du décor, une effigie féminine, et autour d’elle se déploie une fantastique scène de chasse.
Le croissant de lune au dessus du visage est un attribut de Diane, comme le carquois, les flèches, le cor et le chien souvent représenté à ses côtés.
Le 18ème siècle marque l’apogée des représentations féminines en Diane.
La chronologie et la fortune de sa famille peuvent désigner Marie Thérèse de Ros comme commanditaire possible de ce décor fantastique  dans lequel elle éleva seule son fils Joseph Gaspard Pailhoux
Il s’agit, sinon d’un portrait de la commanditaire, de la déesse Diane entourée de tous ses attributs, arc, carquois, chiens, oiseaux et bien d’autres animaux.
La fourchette chronologique établie pour ce décor se recoupe avec le point culminant de la mode pour les hautes dames, telles les filles de Louis XV, de se faire portraiturer en Diane.
Par contre, cette scène d’une telle ampleur et avec un tel souci du détail, réalisée en gypserie est tout simplement unique.


Henry d’Arse, Seigneur de Cascastel en 1722, vendit la seigneurie en 1734 à Gaspard Pailhoux, médecin des Etats de Languedoc, évoluant dans le proche entourage des archevêques de Narbonne, présidents nés des dits Etats.
Henry d’Arse  épousa en 1735 Marie Thérèse de Mage.
La famille d’Arse appartenait à la noblesse militaire.


Marie Thérèse de Ros, veuve de Gaspard de Gléon (1717) puis de Gaspard Pailhoux (1734) finalisera l’acquisition en 1736.
En 1734, elle acquit également les jardins situés face au Château au lieu dit « l’horte sur la ville ». Elle est la mère de Joseph Gaspard Pailhoux alors âgé de 8 ans, né à Toulouse en 1726. En effet, le médecin des Etats de Languedoc disposait d’une maison à Narbonne, mais suivait les Etats lors de leurs sessions alternées à Toulouse et Montpellier, accompagné de son épouse.
Marie Thérèse de Ros a donc été en contact avec les milieux urbains et artistiques de son temps. Elle avait de plus géré le domaine de Durban lors de son précédent mariage. C’est une femme d’expérience, avisée en affaires et capable de faire du Château de Cascastel une agréable résidence aristocratique.


La demeure du 18ème siècle étendra son emprise sur les deux rives de la Berre avec les moulins, le Pont et les Jardins.
L’entrée se faisait par la place de l’église où un portail monumental dominé par un grand fronton portant les armes de la famille, signifiait la noblesse des lieux. Ce portail occupait probablement l’emplacement d’une ancienne porte médiévale et il a été démonté dans les années 1970.
On pouvait ensuite admirer la façade aux encadrements réguliers construits dans le même calcaire alvéolé que le portail. La porte d’entrée est surmontée du même fronton en « chapeau de gendarme » que l’était le portail d’entrée. Un écu de pierre dont les armes sont effacées se retrouve également sur ce fronton, nouvelle affirmation de la noblesse des lieux.
En traversant le « salon à manger », on accédait ensuite au « salon du levant » que nous appelons aujourd’hui « la salle des gypses ».

La composition du décor

Le décor de Gypseries avant restauration

Atelier Pierre Mangin, 2017, Restauration des Gypseries

Biorestauro, 2017, Restauration du décor peint

Le « salon du levant »  comprend quatre panneaux différents:
(S/O) Face aux fenêtres, entourant un miroir: Diane, entourée d’une fantastique scène de chasse.
(N/O) Vers la Tour: Le Paon en son Jardin.
(N/E) Face à Diane, occupé en grande partie par les fenêtres et la cheminée: la Volière.
(S/E) Face à la Tour: en miroir des panneaux N/O des encadrements en reliefs dont le contenu central nous est inconnu.

La Salle des Gypses inaugurée

Au centre du décor, un visage embrasse d’un regard satisfait l’univers qui l’entoure.


Le stucateur a déployé autour du visage de Diane  les attributs de la déesse, une représentation tantôt réaliste comme pour les animaux, tantôt exubérante comme pour les rocailles et les feuillages, et la profusion des fleurs.


La nature s’invite dans un intérieur précieux où elle est animée par les jeux de lumière des miroirs. Tous ces éléments décoratifs appartiennent au style rocaille qui occupe une étroite fenêtre dans l’histoire de l’art, dans la première moitié du 18ème siècle.


Outre ses attributs de chasseresse Diane est aussi  la déesse de la clarté lunaire, de la famille, de la fécondité féminine, et de celle de la nature s’il faut en croire le décor de Cascastel, dont le fil conducteur est peut-être une expression particulière de la féminité.


Trop de manquants n’ont pas permis de reconstituer la totalité de la scène.
Le chien à gauche du miroir était trop incomplet et n’a pu être restitué. Celui de droite arrêtait un animal dont le corps manquait comme un partie de la branche qui le soutenait.

Le Paon

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Sur ce panneau, la silhouette d’un paon , au milieu de guirlandes de fleurs, de feuilles. L’acanthe occupe le premier plan. Ces moulures bien conservées ont servi de support de reproduction pour les panneaux « en miroir » qui leur font face.


Le paon dans la mythologie est l’animal de la déesse Junon.
La thématique de ce panneau est donc mythologique comme celui de Diane. Nous restons avec Junon, dans cette ambiance lunaire et féminine. Les indices font défaut pour savoir si elle se poursuivait dans les autres panneaux.


La photo ci dessus, outre les décoratrices (Biorestauro) au premier plan, donne un aperçu des lambris de cette salle. Ceux-ci sont les lambris d’origine nettoyés et restaurés, ils datent de la première moitié du 18ème siècle comme l’ensemble des éléments restaurés en 2017.


Au dessus du paon, le « fantôme » d’un trophée.
Les deux panneaux de ce mur N/O qui est celui de la tour, comportaient en leur centre les traces de trophées qui ont disparu avant la fin du 18ème siècle . Ces trophées étaient des reliefs représentant  généralement des tableaux de chasse, des natures mortes, des instruments de musique, des vases de fleurs, ou d’autres choses à la volonté du commanditaire du décor. Peut-être qu’à un moment, ils ne correspondaient plus au profil du maître des lieux.

La Volière

L'hirondelle est de retour
L’hirondelle est de retour


La panneau N/E laisse peu de place au décor qui s’y est cependant immiscé. on n’est plus dans la forêt de Diane, mais dans un espace plus réduit avec de petits oiseaux posés sur des entrelacs ornés de feuilles de houblon et issus de rocailles à feuilles d’acanthes.
Les parties les plus sombres avaient conservé leurs couleurs anciennes et ont été nettoyées, les décors restaurés sont toujours traités un ton plus clair.
La cheminée elle même est de style Louis XVI car elle a été refaite. Il ne reste de la cheminée contemporaine du décor que des traces de reprise des conduits.

Les panneaux « en miroir »

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Ce panneau était quasiment détruit. Le support a du être repris « à la pierre ».
Seuls subsistaient les reliefs les plus près du plafond, des indices suffisant pour comprendre que ces reliefs répondaient « en miroir » à ceux qui leur faisaient face.
Ces panneaux devaient également s’orner de trophées en leur centre mais aucun « fantôme » ne subsistait, pas plus qu’une empreinte d’animal telle que celle que le paon avait laissée quand il avait été arraché à son support.
Impossible donc d’avoir la moindre idée de la thématique du décor de ce mur S/E. On peut seulement supposer qu’un autre animal attaché à une divinité mythologique répondait au paon et gager que l’on restait dans cette ambiance de féminité inspirant  l’artiste créateur de ce décor.
Roses, tournesols et grenades…

Les dragons

La chimère de droite dans son état quasi définitif

Ces sculptures placées en écoinçons aux angles du plafond sont l’un des éléments typiques du décor « rocaille », un art exubérant qui s’épanouit dans la première moitié du 18ème siècle.
L’ensemble du décor représente une nature féconde , foisonnante que contemple le visage en son centre.
Le style rocaille s’inspire effectivement de la nature qu’il transpose en toute liberté, et l’une des références mythologiques de ce style est le Jardin des Hespérides, abritant un pommier portant des  pommes d’or et  gardé par un dragon.
Ces animaux improbables, queue de serpents, griffes de lion, corps d’aigle, ailes de chauves-souris, tête de dragon, sont donc tout à fait à la place qui leur est assignée dans cet ensemble qu’ils parachèvent.
Quant au Jardin que contemple le visage au centre du décor, il n’est peut être pas seulement mythologique, il peut incarner marie Thérèse de Ros, la plus probable commanditaire qui contemple les vrais jardins qu’elle a créés.

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